ce que c'estla même chose pour moi. Je suis toujours un peu gêné chez eux. Tandisque je me sens si bien à l'aise avec vous et avec M. Abel! Ça gâte toutd'être gêné.KERSAC.Tu as bien raison. Et puis, voistu, les Amédée, c'est Parisien,commerçant parisien; ça se moque des bonnes gens comme moi, uncampagnard, un fermier, qui n'a pas d'habit ni de gants. Ça ne se ditpas,
porte document hermes homme, mais ça se devine. Franchement, je serai content quand la noce serafinie. Et je suis plus content encore de n'avoir pas amené ta mère.La pauvre femme! elle aurait eu de l'embarras, de la crainte defaire quelque sottise, de faire rire d'elle. Et moi, ça m'aurait faitsouffrir; j'en aurais été tout démonté!JEAN.Vous avez fait pour le mieux, monsieur. Où allonsnous maintenant?KERSAC.Je voudrais acheter mon présent de noces pour Mme Simon, et puis monprésent de noces pour ta mère; car... Simon a beau m'avoir troublél'esprit, je crois encore qu'elle ne refusera pas de vivre chez moicomme ma femme, puisqu'elle y vit bien comme ma servante. Je n'aime pasà la voir en service chez moi; elle vaut mieux que ça.»Jean demanda à Kersac quelques explications sur ce qu'il voulaitacheter.«Un bijou pour la jeune mariée, réponditil, et un châle pour la vieillemariée»,
doudoune longue femme, ajoutatil en riant.Ils allaient entrer chez un bijoutier voisin du café Métis, lorsqu'ilsse rencontrèrent nez à nez avec Jeannot. La surprise fut grande desdeux côtés. Après le premier échange du bonjours, Jeannot les invita àprendre un café et un petit verre; Jean allait refuser, mais Kersac luifit signe d'accepter, et, une fois attablés au café, il poussa Jeannot àboire copieusement. Il lui fit d'abord compliment sur sa mise élégante.«Tu es vêtu comme un grand seigneur, Jeannot!Oh! dit Jeannot d'un air dégagé et dédaigneux, ces vieilles nippessont bonnes pour traîner le matin, mais le soir on se fait plus beau queça.KERSAC.Ah! tu ne te trouves pas assez beau comme tu es là?JEANNOT.Pour Jean ce serait bien, mais... pour moi....KERSAC.Diantre! monsieur Jeannot est devenu grand seigneur, à ce qu'il paraît.JEANNOT.Mais... un peu.... Ainsi on ne me dit plus Jeannot tout court!... On neme tutoie plus.KERSAC.Et qu'estce qui vaut à monsieur Jeannot sa haute position?JEANNOT.Peuh! Je ne suis pas bête, vous savez.KERSAC.Non, je ne savais pas.JEANNOT.Je dis donc que je ne suis pas bête; j'ai eu l'habileté de me fairebien voir de M. Boissec, l'intendant de M. le comte. Je lui ai rendu desservices.[Illustration: «Tu es vêtu comme un grand seigneur.»]KERSAC. Quels services astu pu rendre à un aussi grand personnage?JEANNOT.Je l'ai servi avec zèle; je l'ai flatté, j'ai fait pour lui des affairesdans lesquelles il ne voulait pas paraître.JEAN.Des affaires! Quel genre d'affaires?JEANNOT.Des affaires d'argent, des mémoires à payer, des vins à acheter, descommandes à faire, et autres choses qui rapportent beaucoup.JEAN.Comment peuventelles rapporter?JEANNOT.Estu naïf! Tu ne comprends pas? En payant un mémoire de cent francs,je suppose, outre les cinq pour cent, je marchande, je trouve les objetstrop chers, je menace de changer de fournisseur. Le fournisseur, quia tout porté au double, rabat un quart et le cinq pour cent en sus. M.Boissec porte au maître le mémoire avec la somme entière, et il empocheles trente pour cent, trente francs sur cent, et ainsi du reste. Etcomme la maison est riche, qu'on y dépense plus de cent mille francs paran, tu penses que l'intendant se fait un joli magot.»Jean était indigné et il allait se récrier, mais Kersac le poussa ducoude et continua à faire boire et parler Jeannot.KERSAC.Ce n'est pas bête, en effet, ce que tu fais là. Mais je ne vois pas làdedans quel bénéfice tu y trouves, toi?JEANNOT.Au commencement, pas grand'chose; une pièce de cinq francs, de dixfrancs, parci, parlà. Mais quand je me suis habitué aux affaires,
doudoune noire femme pas cher, j'aifait les miennes aussi.KERSAC.Comment ça?JEANNOT.Voilà! Je m'arrangeais avec les marchands pour qu'ils chargeassent leursmémoires; avec l'épicier, outre le prix, il y a le poid
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